Je viens de voir dans mes statistiques qu’il y a eu un pic de visite sur mon blog ce 14 février.

Ne vous inquiétez donc pas, je vous aime tous :p

Mais effectivement, je n’ai rien à vous offrir …

Ou alors… Si. Soyons fous ! Un texte un peu plus long que d’habitude, mais lisez-le bien jusqu’au bout ^^

J’ai pas mal hésité avec un autre extrait, peut-être la prochaine fois…

La nouvelle qui suit provient de l’excellent Tu es une bête, Viskovitz de l’Italien Alessandro Boffa. Ce recueil narre les amours de Viskovitz dans de nombreux états de la condition animale… Je n’en dis pas plus.

Tu perds la tête, Viskovitz

«Comment était papa ? demandai-je à ma mère.
– Croquant, un peu salé, riche en fibres.
– Avant que tu le manges, je veux dire.
– Il manquait d’assurance, était anxieux et névrosé, un peu comme vous tous, les garçons, Visko.»

Plus que jamais, je me sentais proche de ce parent que je n’avais jamais connu, et qui s’était dissous dans l’estomac de ma maman au moment de ma conception. Un père dont je n’avais reçu aucune chaleur, mais plutôt des calories. Merci, papa, pensai-je. Je sais ce que le fait de se sacrifier pour la famille signifie pour une mante.

Je me recueillis un instant devant sa tombe, c’est-à-dire devant ma mère, et récitait un Miserere.

Au bout d’un moment -la pensée de la mort me provoquait immanquablement une érection- je jugeai qu’il était temps de rejoindre Ljuba, l’insecte que j’aimais. J’avais fait sa connaissance environ un mois plus tôt, au mariage de ma soeur, qui était également l’enterrement de mon beau-frère, et sa cruelle beauté m’avait pris dans ses rets. Nous avions continué de nous voir. Comment était-ce possible ? Dieu m’avait béni en m’offrant le présent le plus précieux, pour nous autres mantes : l’éjaculation précoce, condition nécessaire à toute histoire d’amour non éphémère. La première semaine, je n’avais perdu que deux pattes, les ravisseuses ; la deuxième, le prothorax et les annexes pour le vol ; la troisième…

« Non, ne le fais pas, Visko, pour l’amour de Dieu ! » se mirent à hurler mes amis Zucotic, Petrovic et Lopezm perchés sur les plus hautes branches. À leurs yeux, les femelles étaient le démon, et la misogynie une mission. Sexuellement déviés ou dysfonctionnels depuis la métamorphose, ils étaient entrés dans les ordres et passaient la sainte journée à mastiquer des pétales et à réciter des psaumes. Ils étaient très religieux.

Mais aucune prière n’était en mesure de m’arrêter quand j’entendais le soupir glacial de ma belle, le sombre bruissement de ses membranes, son ricanement funèbre. Je m’ébranlai frénétiquement dans la direction de ces sons, sur la seule patte qui me restait, m’appuyant sur mon érection, m’efforçant de visualiser la gloire de ses formes, que je ne pouvais plus voir puisque je n’avais plus d’ocelles, que je ne pouvais plus sentir puisque je n’avais plus d’antennes, que je ne pouvais plus baiser puisque je n’avais plus de palpes.

J’avais perdu la tête pour elle.

3 comments on “St Valentin”

  1. Çà c’est de l’amour inconditionnel
    Les garçons sont de grands romantiques, prêt à tout sacrifier pour leur bien aimée.
    Mais les filles sont malignes, sournoises et n’hésitent pas à abuser des pauvres garçons sans défense…

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