Cette leçon vous sera dispensée par Mlles Sandy et Chloé, les deux plus grandes troufionnes de Lettres Classiques…

Oui. Alors j’avais, lors de la correction, décidé déjà de faire comme la dernière fois (Jean Second, vous remettez?) ma rétroversion en ligne. Mais vu la calamité des devoirs que Sandy et moi avons rendus, on s’est dit d’un commun accord qu’il fallait faire partager cette magnifique expérience de la mauvaise interprétation.

Le texte original, un très beau chant amoebée (un duo, quoi) d’Horace. Ode IX, plus précisément.

«Donec gratus eram tibi,
nec quisquam potior bracchia candidae
cervici iuvenis dabat,
Persarum vigui rege beatior.»

«Donec non alia magis
arsisti, neque erat Lydia post Chloen,
multi Lydia nominis
Romana vigui clarior Ilia.»

«Me nunc Thressa Chloe regit,
dulces docta modos et citharae sciens,
pro qua non metuam mori,
si parcent animae fata supersiti.»

«Me torret face mutua
Thurini Calais filius Ornyti,
pro quo bis patiar mori,
si parcent puero fata supersiti».

«Quid si prisca redit Venus
diductosque iugo cogit aeneo,
si flava excutitur Chloe
reiectaeque patet ianua Lydiae?»

«Quamquam sidere pulchrior
ille est, tu levior cortice et improbo
iracundior Hadria,
tecum vivere amem, tecum obeam lubens.»

Je commence par sa version, puisque cette vilaine n’a même pas pris la peine de commenter son message d’anniversaire que j’ai rédigé alors que je savais pertinamment que je perdrai toute ma crédibilité cybernétique (n’importe quoi).

« Tant que je te plaisais et qu’aucun meilleur jeune homme n’offrait des bras à ta nuque de jeune fille, je vivais plus heureux qu’un roi perse. »

« Tant que tu ne brûlais pas davantage pour aucune autre et qu’il n’y avait pas de Lydia après Chloé, de Lydia aux noms nombreux, je vivais plus éclatante qu’Ilia de Rome. »

« Chloé me mène à présent en Thrace, douce, instruite, connaissant la cithare et les cadences, pour que je ne craigne pas de mourir, si la fatalité qui est là épargne ma vie. »

« Calaïs de Thurin, fils d’Orithye, me brûle au moyen d’une torche empruntée, pour que j’endure deux fois la mort, si la fatalité qui est là épargne l’enfant. »

« Et si Vénus revient et rassemble ceux qui sont depuis longtemps séparés par un lien de bronze ? Si Chloé s’excuse et ouvre sa porte jaune à Lydia rejetée ? »

« Quoique cela soit plus beau que les étoiles, toi… plus irascible sur la mer Adriatique, j’aime vivre avec toi, et je suis nuisible de bon cœur avec toi. »

On observe déjà des passages plutôt merveilleux, notamment la pauvre Lydie qui se voit brûlée par une torche empruntée. Mais je ne vais pas vous laisser sur votre reste, voilà mon «travail» :

«Tant que je te plaisais et qu’aucun meilleur jeune homme n’entourait ton cou blanchâtre de ses bras, j’étais plus heureux que le roi des Perses.»

«Tant que rien de plus grand ne brûlait et qu’il n’y avait pas de Lydie après Chloé, tu nommais souvent Lydie, j’étais plus fameuse qu’Ilia de Rome.»

«Maintenant Chloé me mène en Thrace, instruite de douces mesures et savante de la cithare, de fait je ne crains pas la mort, s’il contiennent un témoin des prédictions de mon âme»

«D’une torche réciproque Ornytus le fils de Thurinus Calais et moi brûlâmes, raison pour laquelle par deux fois je souffris de la mort, s’ils contiennent d’un jeune homme le témoin du destin.»

«Pourquoi revient la Vénus des temps passés, qui sépare et rassemble d’un joug d’airain, si est arrachée Chloé jaune, et que Lydie est rejetée par la porte ouverte ?»

«Bien qu’elle soit plus belle que l’étoile, toi plus léger que liège et plus irascible qu’Hadryen, avec toi j’aime vivre, avec toi je vais de bon gré.»

Oui, c’est pas mal non plus, je sais. Surtout les contre-sens de construction grammaticale qui sont … magiques.

Et comme sans le vrai on ne peut décéler le faux (enfin là si j’avoue on le peut), merci Mr S. again :

«Tant que je t’agréais et que nul jouvenceau ne me supplantait à embrasser ta nuque éclatante de blancheur, j’ai eu la faveur d’être plus prospère que le roi de Perse.»
«Tant que pour une autre tu n’as pas brûlé et que Lydie ne cédait point à Chloé. Lydie dont tu répétais le nom, j’ai eu la faveur d’être plus illustre que la Romaine Ilia.»
«Ma reine aujourd’hui est la Thrace Chloé, experte aux suaves modes musicaux et savante à la cithare, Chloé pour qui je ne craindrai point de mourir, si les destins accordent à ma chère âme de me survivre.»
«Me consumme d’une flamme réciproque Calaïs, fils d’Ornytus de Thurium, Calaïs pour qui je consentirai à mourir deux fois, si les destins accordent à mon cher enfant de me survivre.»
«Et qu’en est-il si revient la Vénus d’antan et qu’elle ramène sous son joug d’airain des amants désunis, si j’éconduis la blonde Chloé, et qu’à Lydie, que j’avais repoussée, s’ouvre grande ma porte ?»
«Quoique mon chéri soit plus beau qu’un astre, que toi, plus léger que le liège et plus irascible que l’Adriatique déchaînée, avec toi j’aimerais vivre, avec toi je mourrais volontiers.»

Enjoy !

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