Latonae niueo sidere blandior,
Plus douce que l’étoile de neige de Latone,
Et stella Veneris pulchrior aurea,
Plus belle que l’étoile d’or de Vénus,
Da mi basia centum,
Donne-moi de baisers une centaine,
Da tot basia, quot dedit
Donne autant de baisers qu’en donna
Vati multiuolo Lesbia, quot tulit :
Lesbie à son chantre avide, autant qu’elle en reçut,
Quot blandae Veneres, quotque Cupidines
Aussi nombreux que les câlines Vénus, et que les Cupidons
Et labella pererrant,
Vont parcourant sans relâche tant tes petites lèvres
Et genas roseas tuas :
Que tes joues roses,
Quot uitas oculis, quotque neces geris,
Autant que de vies, de morts violentes que tes regards suscitent,
Quot spes, quotque metus, quotque perennibus
Que de l’espérance, que de crainte et que des joies mêlées
Mixta gaudia curis
De perennes soucis,
Et suspiria amantium.
Et que de soupirs d’amants
Da, quarn multa meo spicula pectori
Donne-m’en autant qu’en a semé de traits sur ma poitrine
Inseuit uolucris dira manus dei :
La cruelle main du dieu
Et quam multa pharetra
Et qu’il en a conservé
Conseruauit in aurea.
Dans son carquois d’or
Adde et blanditias, uerbaque publica,
Ajoute aussi des caresses, des déclarations publiques,
Et cura suauicrepis murmura sibilis,
Et des murmures aux sifflements suaves,
Risu non sine grato,
Non sans un rire agréable,
Gratis non sine morsibus.
Non sans d’agréables morsures,
Quales Chaoniae garrula motibus
De la qualité des petites colombes de Chaonie qui croisent
Alternant tremulis rostra columbulae,
Leurs becs babillards agités de mouvements,
Cura se dura remittit
Lorsque la cruelle brume se détend,
Primis bruma Fauoniis;
Au premier souffle du Favonius
Incumbensque meis, mentis inops, genis,
Et insensé tombant sur mes joues
Huc, illuc, oculos uolue natatiles,
De-ci, de-là, roule tes regardes ondoyants
Exsanguemque lacertis
Et dis que je te soutienne dans mes bras
Die te sustineam meis :
Exangue
Stringam nexilibus te, te, ego, brachiis,
Oui, toi, moi je te serrerai dans mes bras joints,
Frigentem calido pectore comprimam;
Je t’étreindrai toi grelottante contre ma chaude poitrine
Et uitam tibi longi
Et te rendrai la vie,
Reddam afflamine basii
Par le souffle d’un long baiser
Donec succiduum me quoque spiritus
Jusqu’au moment où affaissé moi aussi le souffle abandonnera,
Istis roscidulis linquet in osculis,
Dans tes petits baisers qui sentent la rosée
Labentemque lacertis,
Et que je dirai : reconstruis-moi,
Dicam : Collige me tuis,
Me prenant dans tes bras
Stringes nexilibus me, mea, brachiis,
Tu me serreras mon aimée de tes bras qui m’étreignent,
Mulcebis tepido pectore frigidum,
Tu m’apaiseras moi grelottant par ta tiède poitrine
Et uitam mihi longi afflabis
Et tu me communiqueras le souffle de la vie
rore suauii.
Par la rosée d’une longue gourmandise
Sic aeui, mea Lux, tempora floridi
Ainsi, toi ma lumière, les moments de notre âge en fleurs
Carpamus simul ; en iam miserabiles
Cueillons-les ensemble : voici déjà que la vieillesse
Curas aegra senectus
va attirer les maladies
Et morbos trahet, et necem.
La souffrance, et la mort.

Jean Second, Les Baisers

Traduction (et adaptation) personnelle avec l’aide inestimable de Mr Schmitzberger

Laisser un commentaire